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13/07/2009

Les quatre saisons de Roger : la 15ème symphonie du maestro Federer !

 

 

« Le style, l’élégance, la beauté du geste ont autant d’importance que l’exploit lui-même ».
Telle était la devise de René Lacoste, sans doute le plus célèbre des mousquetaires… Le « Crocodile » allait même plus loin, à la fin de sa carrière : « Ce n'était pas tellement le désir de vaincre quelqu'un qui m'intéressait, c'était le besoin de faire bien tout ce que je faisais. »

Concernant le premier adage, on peut affirmer incontestablement que Roger Federer est le joueur de l’ère moderne qui matérialise le mieux ce point de vue… pour ce qui est du second, loin s’en faut !

L’élégance et la performance ont toujours été indissociables dans le jeu de Roger Federer, telles qu’elles le sont chez les plus grands couturiers… Voyez-y un hasard ou une coïncidence, mais c’est à Milan, haut lieu de la Mode en Italie, que le suisse a remporté le premier tournoi de sa carrière en 2001 !
Huit années plus tard, Federer atteint sans doute l’apogée de sa carrière signant une collection printemps-été 2009 d’exception brodée de records en masse… Sa raquette est le tissu et la balle est l’égérie qu’il habille de ses plus énergiques et plus beaux effets !

Comme un symbole, c’est à Wimbledon, lieu qui avait déjà vu défiler cinq de ses plus grands exploits, que Roger Federer a dépassé le record de son ami Pete Sampras en rajoutant un quinzième majeur à sa collection de trophées prêt-à-mettre-sur-le-cheminée… un symbole, car l’américain était l’ancien maître absolu des lieux et un symbole car c’est là que le suisse a su révéler au mieux son style, son élégance et l’étendu de son talent ! 
A l’aise sur l’herbe du All England Club, Federer a fait du gazon londonien un tapis rouge sur lequel il a tissé sa légende et dessiné les lignes de son mythe… désormais pour l’éternité !



La quête de ce quinzième grand chelem et de ce sixième titre londonien n’a pas été de tout repos… loin de là ! Arrivé jusqu’en finale sans trop de problèmes, le suisse allait se heurter à un adversaire coriace, Andy Roddick… « Un classique » comme l’a souligné le numéro 2 mondial (d’alors) tant on ne compte plus le nombre de matchs joués entre les deux ! Une énième confrontation donc, et une troisième finale à Wimbledon, les deux précédentes remportées assez facilement par Federer. Mais cette année, l’américain se dressait devant le suisse loin de l’image du bourrin à tics d’autrefois tant son jeu est devenu bien plus complet et solide qu’auparavant…
Cette tendance se confirmait dès le début de la finale. Sous les yeux du fin stratège Alex Ferguson (qui espérait voir un autre Andy, un compatriote, en finale), Roddick dominait « Roudja » sur le score de 7-5… Si le bâlois s’était confronté au même résultat en 2004 face au même adversaire, il fallait se rendre à l’évidence que ce Roddick ne serait pas facile à bouger ! deux raisons à cela : un revers récalcitrant du côté de Federer et un « A-Rod » très affûté en passings (notamment de revers) repoussant ainsi les velléités offensives de Roger…
A partir du 2ème set, les deux locataires assidus du top ten allaient proposer à Russell Crow et au public londonien un combat de gladiateurs… Cette fresque de 2ème manche se terminait par un jeu décisif complètement fou ! Roddick menant 6-2, l’on croyait que ça allait enfin être le D-Day pour l’américain mais voilà que les démons de la volée le rattrape… une volée haute vendangée au-delà même du couloir, une demi-volée expédiée dans les tribunes et quelques péripéties plus tard, Andy retourne vers sa chaise à un set partout, 8-6 au tie-break !
Ne faiblissant pas, preuve de sa progression mentale devant un Federer qui avait l’habitude de l’enfoncer dès l’avantage pris au score, Roddick emmenait une nouvelle fois le suisse vers un jeu décisif… un tie-break bien moins émouvant (7-5) pour un Federer qui virait alors en tête en remportant la bissectrice des cinq manches !
Mais victime d’une baisse de régime en début de 4ème manche, il offrait un break à son adversaire traditionnel qui ne ralentissait pas le rythme de sa « grosse bertha »… comprenez son service !
Roger attaquait donc un 5ème set de tous les dangers… une 5ème manche sans tie-break bien sûr alors que le suisse n’a toujours pas breaké une seule fois son adversaire mais qui a l’avantage de servir en 1er ! Commençait alors un manau à manau de plus de 90 minutes, personne ne daignant céder son service… « A-Rod » se procurait les premières balles de break de l’interminable set mais c’est finalement Federer qui aura le dernier mot convertissant sa seule balle de break du match à 15-14… faisant accessoirement office de balle de match !

Bondissant de joie, dévisagé de rictus de bonheur, le suisse réalisait enfin son rêve… battre le record de Pete Sampras, qui plus est à Wimbledon, inscrivant son nom en lettres d’or tout en haut du livre d’histoires du tennis mondial, prouvant une fois pour toute qu’il était le meilleur joueur de tous les temps de ce sport !
Même au-delà des époques et des comparaisons, Federer dépasse ses adversaires et ses glorieux prédécesseurs du jeu de par son style de jeu quasi parfait, ses variations, sa capacité à réaliser tous les coups du tennis même à en inventer, son fair-play et… son élégance ! Et ce à une époque où tout va très vite dans le tennis et quand personne n’imaginait qu’un joueur pourrait dominer presque tout le monde après le retrait de Sampras… Désormais, il dépasse ses adversaires au niveau des records également !

Dans un sport où l’on nous l’annonce très souvent des jeunes de grand talent avant d’être malheureusement aussi souvent déçus, on peut dire que le suisse a su mettre à profit son don et son génie en arrivant au sommet de ce sport au bout de seulement 7 années d’exploits en grand chelem… à force de sérieux et de travail !

 

Il pouvait quitter Wimbledon la tête haute, le sentiment du devoir accompli avec sa veste blanche et dorée et son pantalon blanc rappelant ceux de l’époque du « Crocodile », toute en élégance… saluant élégamment le public londonien admiratif, tel un grand couturier recevant les clameurs après un défilé !

Commentaires

nickel !!!!!

Ecrit par : STF | 14/07/2009

CHROME !!!!!

(Je rajouterais bien mon grain de sel en disant qu'on peut préférer la fougue juvénile et le jusqu'auboutisme forcené à l'élégance absolue dont parle René Lacoste, mais bon c'est trop bien écrit pour jouer les rabat-joie Lol).

Ecrit par : Joëlle | 14/07/2009

Salut Gonze à l'aise. Je me joins à STF et Joëlle pour te féliciter de ta prose. Dis moi après celle de Roland Garros ce texte lyrique est du même accabit. Joli compte rendu. Entièrement d'accord pour le côté haute couture et élégance vestimentaire de Federer. Ca colle tellement bien avec Wimbledon. Je dois dire que depuis l'ère open jamais on a vu un joueur de tennis pousser l'élégance au maximum. Il y a eu par le passé des joueurs très élégants au style délié comme Edberg ou Sampras, mais ils n'ont jamais poussé la recherche vestimentaire aussi loin que Federer.

A Joelle moi aussi j'aime le jusqu'au boutisme forcené de Rafa. Et nul doute que ses batteries seront rechargées en mode puissance 1000 pour la saison américaine et l'us open)

Ecrit par : Iris-Jane | 19/07/2009

merci les amis...

c'est vrai que ce sont les vêtements de federer à wimbledon qui m'ont inspiré au tout début l'idée de construire cet article de cette façon mais il faut dire aussi que l'élégance du suisse se voit également dans son jeu, ses gestes et ses déplacements... selon moi plus que chez n'importe lequel des anciens grands de ce sport!

Ecrit par : gonze à l'aise | 19/07/2009

j'ai toujours eu un faible pour les gestes, les actes, les évènements, accomplis (c'est à dire où tout y est, équilibré, bien achevé) et avec élégance, un très grand faible, ce qu'illustre Roger Federer. La fougue, le jusque-au-boutisme, c'est enthousiasmant, ça peut-être grand, poignant et autre chose encore, peut-être mais, mais pour autant il y a du trop ou du pas assez pour que ce soit comparable, égal, à l'accomplissement dan l'élégance dont on parle.

j'évite le terme perfection car, d'une part on ignore les limites de cet état et, d'autre part, cela t'a un coté lassant... et Roger n'est pas la perfection, ouf ! il a ses aspérités --certes lissées au fil des épreuves, des ans-- et ses écarts de régime, ses doutes occasionnels...

Bon, je puis concéder que mon fidèle favoritisme pour Roger Federer puisse me porter à ses propos là mais... très peu !! on me taxe par ailleurs de tatillon, perfectionniste et maniaque, l'horreur quoi !! d'où ma préférence pour l'accomplissement et l'élégance (même du hérisson...) qu' avec respect j'apprécie chez celles et ceux qui les atteignent, en font preuve.

Ceci étant, Gonze, bel essai de prose (superbe le coup de la raquette collection printemps-été, bravo et le prêt-à-mettre-sur-la-cheminée, re-bravo !), on en attend plus et plus souvent. Un détail: chercher le sens de "dévisagé" et... il me semble que mano à mano s'écrie comme cela; c'est si bien comme ensemble qu'il est bon d'en effacer des détails, c'est en tout cas mon esprit.

Ciao, bonne vacances et à bientôt.

Ecrit par : norsup | 02/08/2009

Bel article et bel hommage.

Ecrit par : Sylvie | 02/08/2009

merci norsup, merci sylvie

pour ce qui est du "mano à mano", tu as raison, je veillerais à corriger prochainement... sinon entre "dévisagé de" ou "dévisagé par un", mon coeur balance... lol

Ecrit par : gonze à l'aise | 05/08/2009

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